Galerie virtuelle Jean-Michel Gout-Werner    
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« Desserprit. Artiste ! ». Un professeur chalonnais traçait ainsi la voie de celui qui n'était encore qu'écolier. Artiste, il l'est dans son travail bien sûr, mais par-dessus tout dans son existence même, continuelle recherche, au travers dé formes d'expression très diverses, d'Un idéal de beauté, de vérité, d'ordre et de justesse. Là vie en a fait un peintre et sculpteur, il aurait aussi bien pu devenir poète — il fut tenté par le genre — ou musicien.
Ce qui frappe chez Desserprit, avant toute rencontre avec son art, c'est la parole. Harmonieuse et poétique, précise, nuancée, abondante, elle sort tout d'un jet, sans retouche, développant les idées avec l'apparente facilité qui témoigne d'une longue réflexion. Cet art du verbe révèle, en premier lieu, un besoin essentiel de s'exprimer. Desserprit travaille beaucoup, tenaillé par une avidité de communication et de recherche qui ne décroît pas avec le temps et l'a amené à multiplier les expériences, les techniques, les matériaux. Ce désir tenace, il le résume ainsi : « le travail est ma ferveur et mon plaisir. Je suis très équilibré lorsque je travaille ; en dehors, je ne fais que rêver ».

Le discours plein d'humour, rend compte également de la lucidité de ceux pour qui les mots ne sont pas un paravent entre l'apparence quotidienne et la réalité profonde. S'il reconnaît avoir la notion romantique du culte du moi, c'est à son plus haut niveau, qui exige honnêteté et sévérité. Lorsqu'il dit aimer l'une de ses œuvres, et ce n'est pas toujours le cas, il s'agit de la satisfaction intime d'une idée clairement exprimée, d'un acte réussi, confinant à l'expression la plus achevée de la nature qu'il conçoit comme parfaitement équilibrée. C'est ainsi que le terme de créateur le laisse sceptique, il préfère voir dans l'artiste un inventeur qui ajoute sa part à l'acquis intellectuel et esthétique de l'art universel. Il sent peser sur ses épaules le poids des connaissances antérieures et choisit, non pas de les transformer, mais de les restructurer, de les enrichir.

Sa première admiration, Rouault, témoigne d'une instinctive et vitale attirance vers l'expressionnisme qui demeurera, tout au long de son oeuvre, sous-jacente, avant comme après le temps des Réalités nouvelles. On ne peut dissocier la période au cours de laquelle il parle le langage de l'abstraction géométrique de ses tendances mystiques au sens où elles sont une contemplation qui unit l'homme au sacré. L'application des règles du nombre d'or représente pour lui la symbolique qui est l'un des aspects du sacré, une perfection de l'équilibre, et l'on sait qu'il ne fut pas le seul en son temps. A travers certaines de ses oeuvres, et non pas seulement celles présentées aujourd'hui, on ressent la fascination que peut exercer la forme théorique la plus parfaite et la symétrie qui est pour lui de nature religieuse.
C'est pour transcender ce niveau d'expérience qu'il fera dans l'espace le choix d'une aventure spéculative. Le désir effréné de connaissance l'entraîne dans une fuite en avant vers l'espace, espace plastique et dynamique de la sculpture, espace matériel qui environne de mystère et d'aventure notre monde. L'aventure est découverte, façon de quitter un univers théorique pour retourner dans l'imaginaire. Les « vaisseaux » qui le conduisent ainsi hors du domaine des connaissances immédiates, il dit les avoir inventés plus que créés. Ce sont, pour citer ses paroles : « de petits appareils formels que l'on rend emblématiques parce que l'on est artiste, et non fonctionnels dans la mesure où l'on n'est pas scientifique. On ne peut donc que supposer des objets ».

Mais le passage du sensible au théorique, du théorique au spéculatif, puis le retour au sensible ne se font pas sans risquer les meurtrissures mentales et morales qu'évoque pour lui l'œuvre de Rouault. Desserprït n'en poursuit pas moins, à travers d'autres recherches, le chemin de l'homme qui tend à envisager l'univers.

Jean-François GARMIER

 

Le temps de la recherche sur l'espace

Peintre ou sculpteur; artiste attaché à un formalisme mathématique ou bien engagé dans une aventure lyrique ? L'atelier de Roger Desserprit surprend. La quantité d'œuvres, se côtoyant ou s'affrontant dans un espace réduit, questionne dans la mesure où la démarche de l'artiste n'est pas réductible au désir de classification de l'historien d'art. Les a priori doivent tomber et les quarante années de travail, de doute et d'épanouissement dans une expression authentique enfin trouvée, témoignent d'une démarche exigeante, assise sur des acquis formels assimilés au début de sa carrière.

L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS


En 1950, Roger Desserprit expose pour la première fois chez Colette Allendy, galerie parisienne connue pour ses choix d'avant-garde, ainsi qu'au tout jeune Salon des Réalités Nouvelles. Il a vingt-sept ans.
Lorsqu'il évoque aujourd'hui les années d'apprentissage (1941-1943) à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, l'artiste se souvient comment les plâtres des esclaves de Michel-Ange représentaient la modernité, quand la majorité des travaux demandés étaient des études d'après l'antique. Ce répertoire d'ailleurs, il le possédait à la suite des leçons prises auprès de deux professeurs chalonnais, Schomberg et Darboîs entre 1938 et 1940. Il semble que l'ouverture aux mouvements artistiques de la fin du XIXe siècle et des premières décennies du XXe se soit faite pour Desserprit de façon livresque d'une part (Van Gogh, Gauguin) et d'autre part à travers la fréquentation des galeries du quartier latin où les oeuvres de Derain, Vlamînck étaient montrées « afin d'écouler la charge spirituelle et temporelle » qu'elles représentaient.

Il se rappelle également avoir été fortement marqué par l'œuvre de Rouault, par cette peinture «qui relève du mystère; où les tendances charnelles et mystiques arrivent à se confondre dans un processus intemporel ». Mais les cubistes sont, pour quelques élèves, objets de curiosité, de recherches, avec toute l'aura du mystère entretenu à leur sujet par l'Ecole des Beaux-Arts.
Dans cette ambiance où l'on ne peut évoquer Picasso, Laurens ou Lipchitz sans être mis au ban de l'atelier — ce qui va arriver à Desserprit —, l'enseignement de ta lithographie donné par Jaudon, ex grand massier de l'Ecole, permet au jeune artiste une expression moins traditionnelle.
A partir de 1943, ses études sont entrecoupées de plusieurs séjours en sanatoriums et, entre de nombreuses lectures, il dessine ses mains avec des rapports de forme qui évoquent le cubisme. Trois années de maladie vont le conduire à un stade où il estime urgent de chercher à travers les artistes qui l'entourent une « authenticité à un âge où les confrontations et les critiques sont obligatoires et nécessaires ».

 

 
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