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« Desserprit. Artiste !
». Un professeur chalonnais traçait ainsi la
voie de celui qui n'était encore qu'écolier.
Artiste, il l'est dans son travail bien sûr, mais par-dessus
tout dans son existence même, continuelle recherche,
au travers dé formes d'expression très diverses,
d'Un idéal de beauté, de vérité,
d'ordre et de justesse. Là vie en a fait un peintre
et sculpteur, il aurait aussi bien pu devenir poète
il fut tenté par le genre ou musicien.
Ce qui frappe chez Desserprit, avant toute rencontre avec
son art, c'est la parole. Harmonieuse et poétique,
précise, nuancée, abondante, elle sort tout
d'un jet, sans retouche, développant les idées
avec l'apparente facilité qui témoigne d'une
longue réflexion. Cet art du verbe révèle,
en premier lieu, un besoin essentiel de s'exprimer. Desserprit
travaille beaucoup, tenaillé par une avidité
de communication et de recherche qui ne décroît
pas avec le temps et l'a amené à multiplier
les expériences, les techniques, les matériaux.
Ce désir tenace, il le résume ainsi : «
le travail est ma ferveur et mon plaisir. Je suis très
équilibré lorsque je travaille ; en dehors,
je ne fais que rêver ».
Le discours
plein d'humour, rend compte également de la lucidité
de ceux pour qui les mots ne sont pas un paravent entre l'apparence
quotidienne et la réalité profonde. S'il reconnaît
avoir la notion romantique du culte du moi, c'est à
son plus haut niveau, qui exige honnêteté et
sévérité. Lorsqu'il dit aimer l'une de
ses uvres, et ce n'est pas toujours le cas, il s'agit
de la satisfaction intime d'une idée clairement exprimée,
d'un acte réussi, confinant à l'expression la
plus achevée de la nature qu'il conçoit comme
parfaitement équilibrée. C'est ainsi que le
terme de créateur le laisse sceptique, il préfère
voir dans l'artiste un inventeur qui ajoute sa part à
l'acquis intellectuel et esthétique de l'art universel.
Il sent peser sur ses épaules le poids des connaissances
antérieures et choisit, non pas de les transformer,
mais de les restructurer, de les enrichir.
Sa première
admiration, Rouault, témoigne d'une instinctive et
vitale attirance vers l'expressionnisme qui demeurera, tout
au long de son oeuvre, sous-jacente, avant comme après
le temps des Réalités nouvelles. On ne peut
dissocier la période au cours de laquelle il parle
le langage de l'abstraction géométrique de ses
tendances mystiques au sens où elles sont une contemplation
qui unit l'homme au sacré. L'application des règles
du nombre d'or représente pour lui la symbolique qui
est l'un des aspects du sacré, une perfection de l'équilibre,
et l'on sait qu'il ne fut pas le seul en son temps. A travers
certaines de ses oeuvres, et non pas seulement celles présentées
aujourd'hui, on ressent la fascination que peut exercer la
forme théorique la plus parfaite et la symétrie
qui est pour lui de nature religieuse.
C'est pour transcender ce niveau d'expérience qu'il
fera dans l'espace le choix d'une aventure spéculative.
Le désir effréné de connaissance l'entraîne
dans une fuite en avant vers l'espace, espace plastique et
dynamique de la sculpture, espace matériel qui environne
de mystère et d'aventure notre monde. L'aventure est
découverte, façon de quitter un univers théorique
pour retourner dans l'imaginaire. Les « vaisseaux »
qui le conduisent ainsi hors du domaine des connaissances
immédiates, il dit les avoir inventés plus que
créés. Ce sont, pour citer ses paroles : «
de petits appareils formels que l'on rend emblématiques
parce que l'on est artiste, et non fonctionnels dans la mesure
où l'on n'est pas scientifique. On ne peut donc que
supposer des objets ».
Mais le
passage du sensible au théorique, du théorique
au spéculatif, puis le retour au sensible ne se font
pas sans risquer les meurtrissures mentales et morales qu'évoque
pour lui l'uvre de Rouault. Desserprït n'en poursuit
pas moins, à travers d'autres recherches, le chemin
de l'homme qui tend à envisager l'univers.
Jean-François
GARMIER
Le
temps de la recherche sur l'espace
Peintre ou sculpteur; artiste attaché à un formalisme
mathématique ou bien engagé dans une aventure
lyrique ? L'atelier de Roger Desserprit surprend. La quantité
d'uvres, se côtoyant ou s'affrontant dans un espace
réduit, questionne dans la mesure où la démarche
de l'artiste n'est pas réductible au désir de
classification de l'historien d'art. Les a priori doivent
tomber et les quarante années de travail, de doute
et d'épanouissement dans une expression authentique
enfin trouvée, témoignent d'une démarche
exigeante, assise sur des acquis formels assimilés
au début de sa carrière.
L'ÉCOLE
DES BEAUX-ARTS
En 1950, Roger Desserprit expose pour la première fois
chez Colette Allendy, galerie parisienne connue pour ses choix
d'avant-garde, ainsi qu'au tout jeune Salon des Réalités
Nouvelles. Il a vingt-sept ans.
Lorsqu'il évoque aujourd'hui les années d'apprentissage
(1941-1943) à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, l'artiste
se souvient comment les plâtres des esclaves de Michel-Ange
représentaient la modernité, quand la majorité
des travaux demandés étaient des études
d'après l'antique. Ce répertoire d'ailleurs,
il le possédait à la suite des leçons
prises auprès de deux professeurs chalonnais, Schomberg
et Darboîs entre 1938 et 1940. Il semble que l'ouverture
aux mouvements artistiques de la fin du XIXe siècle
et des premières décennies du XXe se soit faite
pour Desserprit de façon livresque d'une part (Van
Gogh, Gauguin) et d'autre part à travers la fréquentation
des galeries du quartier latin où les oeuvres de Derain,
Vlamînck étaient montrées « afin
d'écouler la charge spirituelle et temporelle »
qu'elles représentaient.
Il se rappelle
également avoir été fortement marqué
par l'uvre de Rouault, par cette peinture «qui
relève du mystère; où les tendances charnelles
et mystiques arrivent à se confondre dans un processus
intemporel ». Mais les cubistes sont, pour quelques
élèves, objets de curiosité, de recherches,
avec toute l'aura du mystère entretenu à leur
sujet par l'Ecole des Beaux-Arts.
Dans cette ambiance où l'on ne peut évoquer
Picasso, Laurens ou Lipchitz sans être mis au ban de
l'atelier ce qui va arriver à Desserprit ,
l'enseignement de ta lithographie donné par Jaudon,
ex grand massier de l'Ecole, permet au jeune artiste une expression
moins traditionnelle.
A partir de 1943, ses études sont entrecoupées
de plusieurs séjours en sanatoriums et, entre de nombreuses
lectures, il dessine ses mains avec des rapports de forme
qui évoquent le cubisme. Trois années de maladie
vont le conduire à un stade où il estime urgent
de chercher à travers les artistes qui l'entourent
une « authenticité à un âge où
les confrontations et les critiques sont obligatoires et nécessaires
».
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