Galerie virtuelle Jean-Michel Gout-Werner    
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Tel est l'enjeu de son pari : saisir au vol, c'est le cas de le dire, les éléments en leurs métamorphoses, pointer du pinceau les particules affolées, dessiner les trajectoires tendues de l'éclatement et suspendre le tout hors du temps et de l'espace.


Rien d'étonnant alors à ce que, devant ses toiles, on éprouve l'impression première d'un indescriptible chaos. Et puis, rapidement, face à ce branle-bas général, des formes désarticulées commencent à se révéler - ici une roue, ailleurs une échelle - pour se désagréger aussitôt, au moment même où elles entraient dans le champ de possibles identifications. A l'image aussi de ces signes, soudainement veufs, qui fusent vers l'illisible alors qu'on s'apprêtait à en faire lecture.


Car toute la force de Pontus Carle est là : dans cette formidable capacité de fixer, sans se tromper de seconde, l'état furtif où les choses ne sont plus ce qu'elles étaient et ne sont pas encore ce qu'elles vont être, de leur conjuguer un présent impossible, composé d'un impératif de retenue, d'un futur entrevu et d'un passé, encore chargé de l'image initiale, tel qu'il peut, par exemple, se révéler dans les effets de persistance rétinienne.


Sa méthode même de travail témoigne de cette attention et de cette tension, qui le voit tout d'abord condenser simplement les éléments, matières, couleurs, au centre de la toile, pour les détruire ensuite avec une violence parfaitement maîtrisée et les reconstruire enfin partiellement, juste au point précis. Sans jamais perdre de vue le noyau : l'interrogation du monde et de la peinture.

Henri François DEBAILLEUX

 

 
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